Sans un bruit : un silence assourdissant

Critique de Sans un bruit (2018) de John Krasinski.

Une semaine après Hérédité, c’est au tour d’un autre film d’épouvante de sortir sur nos écrans : Sans un bruit de John Krasinski. Plus axé grand public que son prédécesseur, il était tout de même prometteur. Il faut dire que l’idée sur laquelle repose le film est pour le moins originale. Dans un futur post-apocalyptique, des créatures sensibles au son ont décimé la quasi-totalité de l’humanité. Une famille tente de survivre comme elle le peut dans une ferme. Leur mode de vie est alors très simple, du moins en apparence, il est interdit de faire le moindre bruit. C’est cette idée qui fait alors toute l’originalité du film : les sons produits par les personnages entraînent leur mort.

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Un problème d’ordre immersif 

Je vais vous dire quelque chose qui a nécessairement impacté ma réception du film. J’attendais beaucoup Sans un bruit. J’en ai pris connaissance en tombant par hasard sur son premier trailer. Ce que j’ai vu m’a intrigué. Des plans sans musique et les personnages faisant leur possible pour ne pas émettre le moindre son. Soudain une lampe à huile se fait renverser par mégarde. Les personnages sont pétrifiés. Quelque chose approche. Quelque chose de dangereux. Je trouvais l’idée absolument géniale. Le film semblait prendre des risques, jouer dans sa mise en scène avec le silence et toute la lourdeur et la tension qui s’en dégagent. J’espérais alors vivre, en salle, une expérience totalement immersive et angoissante au possible. Alors, le film tient-il ces promesses ? Oui, mais pendant cinq minutes.

L’ouverture du film nous présente la famille. Les personnages nous sont dévoilés à tour de rôle. On est dans une épicerie. Ils sont tout simplement en train de faire du shopping. Cependant, le bâtiment est abandonné. La caméra opère un travelling fluide en suivant les enfants qui se déplacent sur la pointe des pieds. L’un d’entre eux est malade, un jeune garçon. Il semble faire une crise d’asthme. La mère cherche de quoi le soigner. Il y a des flacons remplis de pilules sur des étagères. La caméra cadre alors l’action derrière celles-ci. On voit la main presque tremblante de la mère s’emparer des flacons. Le visage en arrière plan dévoile une expression mêlant stress et concentration. L’un des flacons manque alors de tomber. Elle le rattrape juste à temps, trouve les pilules qu’elle cherchait, et réussit à venir en aide à son fils. Jusque-là, la tension et l’immersion sont totales. Dans la salle de cinéma, le silence l’est également, personne ne prononce un mot, même un chuchotement. Voilà ce que j’étais venu voir, ce qu’on m’avait promis. Mais bon vous savez, il ne faut jamais se réjouir trop vite non plus. Le plus jeune membre de la famille, un garçon, rejoint les autres qui s’apprêtent à sortir du magasin. Un plan nous le montre de dos en train d’avancer vers eux. Ils sont alors paniqués. Il tient dans ses mains un jouet électrique représentant une fusée, qui s’apprête à faire du bruit, trop de bruit. Le problème de ce moment ? De la musique accompagne les images.

Voilà ce que je reproche à Sans un bruit. De la musique accompagne les images pendant la quasi-totalité du film. J’imagine qu’elle est présente pour révéler la tension qu’éprouvent les personnages. Mais le problème, c’est que mettre de la musique va à l’encontre du concept sur lequel repose le film. Le film est vendu comme immersif et angoissant. Ne pas faire de bruit, ou c’est la mort assurée. Comme je l’ai dit, je trouve que ça fonctionne dans les cinq premières minutes. Et je vous le répète, dans la salle de cinéma, le silence régnait. Or dès que la musique est apparue, des personnes se mettaient à parler et chuchoter. Choisir de ne pas mettre de musique nous met dans ce film au plus près des personnages. On connait le danger. Inutile de surenchérir dans la mise en scène. Et ce que fait la musique, c’est justement s’interposer entre le spectateur et les personnages du film. Par conséquent, le film en est moins immersif et la tension qui régnait devient alors banale, celle d’un divertissement horrifique et hollywoodien classique. C’est dommage. Mais cela m’a permis de me rendre compte d’une chose. Lorsque les films d’épouvante sont le plus immersifs, c’est quand il y a du silence. Celui-ci nous place au plus proche des personnages. Nous ne sommes plus devant un écran. Nous assistons presque à la scène. La musique, du moins la manière dont elle est utilisée dans Sans un bruit, nous écarte de ce que je pense être la véritable horreur. Celle de la réalité. Lorsque John Krasinski choisit de mettre de la musique à partir de la cinquième minute de son film, il l’empêche de devenir un grand film d’horreur. Nous ne sommes alors que devant un film hollywoodien comme on a déjà pu en voir des dizaines. Et je le répète encore une fois, c’est dommage.

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La ferme de la terreur 

Attention, je ne compte absolument pas descendre le film avec cette critique. J’exprime seulement ma déception par rapport aux attentes qu’il avait installées. N’allez surtout pas croire que Sans un bruit est un mauvais film ou que je suis forcément contre l’utilisation de la musique dans les films d’horreur. D’ailleurs dans le film, des moments accompagnés de musique fonctionnent très bien. Je pense à une séquence où la mère, en train d’écouter une chanson, rejoint son mari et partage avec lui ses écouteurs. Ils se mettent alors à danser tous les deux en se serrant dans les bras. Ce moment, c’est un moment de suspension, hors du monde dans lequel ils se trouvent, et complètement justifié par rapport à la question de l’immersion.

Là où le film s’en sort très bien, c’est dans sa manière de mettre en scène l’espace. L’action se déroule presque entièrement en 24h et dans un lieu, la ferme. De cette manière, il n’y a jamais de pause. L’action, pendant quasiment une heure, ne s’essouffle pas. La ferme sera utilisé dans ses moindres recoins. Du sous-sol, on passera au salon, à la salle de bain, à la cave, au champ de maïs ou encore au silo à grains. Les monstres s’immiscent ainsi dans chaque recoin de la propriété. La famille n’est en sécurité nulle part. De cette manière, la mise en scène se renouvelle de façon régulière. On a alors droit à une séquence où le monstre intervient dans chacun de ces lieux. On verra par exemple la mère se réveiller dans la cave, un lieu normalement isolé des monstres. La pièce est en train de s’inonder dangereusement. La caméra pivote légèrement et nous dévoile une des créatures dans la pièce. Entre elle et la mère, un berceau dans lequel se trouve son enfant. Le monstre disparaît alors sous l’eau, et c’est un jeu du chat et de la souris qui débute dans cet espace clos.

Vous l’aurez compris, j’ai été un poil déçu par Sans un bruit. Mais le film n’en est pas mauvais pour autant. Il est déjà un cran au-dessus de certains films d’horreur actuels. Bien qu’il ne respecte pas son concept de base dans la mise en scène, il reste divertissant. Je vous conseille donc tout de même Sans un bruit, ne serait-ce que pour vous rendre compte qu’il y a bien plus de tension lorsqu’un flacon de pilules manque de tomber d’une étagère au début du film que lorsqu’une des créatures attaque deux enfants coincés dans un silo à grain.

 

Photos. Paramount Pictures. 

 

 

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