Roger Waters tournée 2018 : Papy fait de la résistance !

C’est un rêve qui se réalise, celui d’un adolescent qui aurait voulu vivre dans les années 1970, à l’époque où les Floyd faisaient vibrer les salles du monde entier avec leur musique extraterrestre. J’étais dans le tram et je vois une affiche géante annonçant Roger Waters à la Halle Tony Garnier. C’est indiqué « Dark Side of the Moon / The Wall / Animals / Wish You Were Here and more ». Ainsi il remonte sur scène une dernière fois, après sa tournée déjà culte de 2010-13 The Wall, mais cette fois il va reprendre sa mythique Fender pour faire revivre tout Pink Floyd. À peine les places sont en vente, je cours à la Fnac. Ça y est ! J’ai mon billet ! Je serai dans la fosse, à quelques mètres de lui, noyé dans les sonorités d’un groupe avec lequel j’ai grandi, avec qui j’ai appris à aimer la musique. Je vois déjà les néons, les lumières, j’entends déjà sa basse qui frémit au loin.

Plus que 6 mois à attendre ….

Que faire pour patienter si longtemps ?! Et c’est là que je tombe sur son dernier album Is This the Life We Really Want?, sorti en Juin 2017. Et là mon enthousiasme atteint son maximum. C’est son premier album depuis le magnifique Amused to Death sorti en 1992, petit bijou de rock progressif qui à mon sens ne fait que conclure la trilogie contenant The Wall et The Final Cut. Ainsi, Waters ne remonte pas seulement sur scène, il ré-enclenche une carrière abandonnée 25 ans plus tôt. Et quelle joie d’apprendre que cet album est produit par Nigel Godrich, célèbre producteur de Radiohead, souvent considéré comme le sixième membre du groupe.

Malheureusement, mon emballement a vite été ralenti… Waters nous offre une œuvre de presque 1h, et on se dit bien vite qu’on aurait préféré qu’elle ne dure que 40 minutes maximum. Non pas que tout est absolument raté, bien au contraire. On retrouve des sonorités très proches de sa période post-The Wall. Et les arrangements de Godrich sont vraiment de qualité. De très beaux morceaux viennent ponctuer l’album qui manque d’un certain souffle, d’une énergie qui rythmerait davantage l’ensemble. Le titre « Déjà Vu » m’emballe totalement, avec la voix très intime de Waters et la mélodie tout de suite séduisante, coupée par le cri percutant du chanteur plein de rage. « Picture That » est sans doute le sommet de cet opus. Indéniablement le morceau le plus rock de l’album, et dont la ligne de basse ainsi que l’entremêlement de la guitare électrique très présente, le tout unifié par un synthé, nous fait tout de suite penser à l’incroyable « Welcome to the Machine ». Ainsi ce sont les âmes des albums Animals et Wish You Were Here qui planent constamment sur cet album. Toutefois l’énergie manque, le génie n’est pas toujours présent, et Waters semble préoccupé par de nouvelles choses qui le tourmentent…

En effet, l’intérêt de cet album (et la volonté de Waters), c’est son engagement politique. Depuis toujours le bassiste et leader des Floyd s’est engagé dans divers militantismes, et d’autant plus depuis ces 30 dernières années. Et là où l’album frappe, c’est par la puissance de ces textes. Ainsi « Déjà Vu » est une lettre à Dieu à qui Waters reproche le malheur sur Terre. « The Last Refugee » parle des milliers de migrants qui arrivent en Europe et n’ont aucun foyer. Finalement c’est un album très sombre, plein de critiques, d’attaques frontales, de tristesse, et de mélancolie. Le vieux rocker constate l’état du monde dans lequel il est et qu’il va bientôt quitter, et il se lamente de l’homme et de ses excès autodestructeurs. On est finalement bien plus proche de la noirceur du dernier Bowie (Blackstar, 2016) que du rock progressif des Pink Floyd.

Je m’aventure alors pour son concert, plein d’attentes et de questionnements. Va-t-il jouer essentiellement sa dernière partie de carrière ? Comment sa mélancolie va-t-elle ressurgir sur scène ? Comment sa rage va-t-elle exploser ? Je suis dans la fosse, entouré de mes amis, autres fans du leader des Floyd. Je suis debout, à quelques mètres de la scène, le show commence dans 2 heures…

On nous annonce une première partie, mais qu’est-ce qui peut bien précéder le maître ? Et à 20h pile, l’écran géant sur scène s’allume, et un plan fixe débute. Un plan sur une femme assise de dos, contemplant l’océan en marée basse. C’est un long plan-séquence de 20 minutes, et on n’entend rien d’autre que le vent, des mouettes, les vagues. Les gens s’interpellent, certains rient, d’autres hurlent déjà, mais tous finissent par se taire. Puis un gros orage arrive à l’horizon, tandis que la lumière de la salle s’éteint progressivement. Soudain l’orage envahit le ciel. De gros nuages rouges prennent tout l’écran, et la salle sombre dans l’obscurité totale au moment d’une grosse explosion. Et là, le show commence !

Le live dure plus de 2h, et c’est 2h magnifiques, transcendantes, magiques. Il enchaîne tous ses plus beaux morceaux, interprétés à la perfection, avec des musiciens incroyables (un guitariste meilleur que David Gilmour ?), et surtout une mise en scène spectaculaire. Cela débute avec le contemplatif « Speak to Me », puis sans pause il réveille toute la salle avec « One of These Days », avant de revenir sur Dark Side en enchaînant « Time », « Breathe », « The Great Gig in the Sky » avec des chanteuses à la voix parfaite. Il faut juste une petite pause afin qu’il mette son dernier album en lumière, avant qu’il ne revienne aux choses plus sérieuses en jouant une bonne partie de The Wall. Et puis, après seulement une heure de jeu, les musiciens quittent la scène… Quoi c’est déjà fini ? On joue « Another Brick in the Wall » et basta ?! Roger prend le micro et annonce « Petite pause de 20 minutes et après Ohlala  !! ».

Roger-Waters-Tour-2017-2018-4

Et en effet Ohlala… La deuxième partie était tout simplement magistrale. Même Nick Mason, ancien batteur des Floyd, a dit que le travail de Waters dépassait sans doute leurs Live des années 70’. Pendant 20 minutes de pause de nombreux slogans étaient projetés de partout, des attaques frontales contre Israël, Trump, Poutine, Zuckerberg, même Macron et Le Pen y passent ! Soudain des coups de feu se font entendre. Là je panique… La salle est plongée dans le noir total. Des gens crient, des explosions se rapprochent. Et puis une forte sirène retentit au rythme d’un faisceau rouge. Et là on voit apparaître une usine géante qui descend du plafond de la Halle Tony Garnier. Oh mon dieu, il a osé le faire ! Il joue le chef d’œuvre Animals ! Plus de 30 minutes de cet album, avec un « Dogs » énergique qui semblait ne pas finir, tandis qu’un cochon géant avec la tête de Trump défilait au-dessus de nous.

Et puis il enchaîne avec la deuxième partie de Dark Side, puis Wish You Were Here, avant une fin émouvante où il s’adresse au public pendant 10 minutes. Dans ce discours, qu’on peut certes trouver un peu caricatural (« Vous les Français vous êtes le symbole de la révolution ! »), j’y ai trouvé une vraie sincérité. Celle d’un artiste engagé, qui a de vraies convictions, mais surtout un véritable amour pour son métier et pour son public. Roger Waters aura passé toute sa vie à composer et écrire des albums qui auront à jamais marqué l’histoire de la musique. Et il aura toujours mis une part de lui-même dans ses œuvres. Et c’est là, après avoir parlé de son engagement, de sa fureur, de son envie de révolution, qu’il se met à parler de sa mère. Après le politique, l’intime. Car Roger Waters est avant tout un enfant, et un orphelin. Alors il se met à chanter l’émouvant « Mother » avec sa guitare sèche. Et puis dans un ultime élan, une dernière explosion de rage, il interprète « Comfortably Numb » pendant que des milliers de papiers RESIST tombent du ciel.

Je garderai à jamais en mémoire ce concert. Jamais je ne pourrai oublier ces multiples jeux de lumières, ce prisme géant au-dessus de ma tête, Roger Waters hurlant des slogans de colère,… Mais surtout cette musique divine, celle de mon enfance, celle qui me portera toujours, que j’ai eu la chance de vivre pendant 2h sensationnelles.

Crédits : neptunepinkfloyd.co.uk de Pinterest

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