L’Adieu : Dire au revoir secrètement

Critique du film L’Adieu de Lulu Wang, 8 janvier 2020

Et si vous deviez dire adieu à un de vos proches sans qu’il ne le sache ? C’est ce que nous propose Lulu Wang dans son nouveau et très émouvant film : L’Adieu (The Farewell), après nous avoir offert Posthumous en 2014.

Tirée d’une histoire vraie, la sublime comédie dramatique nous plonge dans la culture chinoise et ses traditions, en particulier, celle de ne pas avouer à un malade qu’il est malade.

Un mariage en guise d’adieu

Le film suit l’histoire d’une famille chinoise éparpillée autour du globe (notamment aux États-Unis et au Japon) décidant de se réunir à Changchun pour un mariage. Celui-ci est en réalité un prétexte utilisé par la famille afin de faire leurs adieux à leur grand-mère ou mère Nai Nai, atteinte d’un cancer des poumons. Les médecins lui donnent trois mois à vivre. Seulement, la tradition chinoise veut que le malade n’ait pas connaissance de sa propre maladie.

« Quand les gens ont un cancer, ils meurent. Mais ce n’est pas la maladie qui les tue, c’est la peur. »  (Lu Jian, L’Adieu)

Le mariage en question est celui du petit fils de Nai Nai, Hao Hao, élevé au Japon après le déménagement de son père. Alors qu’il ne connaît sa petite-amie que depuis trois mois, il va devoir se prêter au jeu de la tradition chinoise : séances photo, grand rassemblement, repas copieux, extravagance, fête fabuleuse, et autres…

Billi, jeune adulte au caractère bien trempé

Billi, la protagoniste, jeune autrice élevée aux États-Unis,  apprend par ses parents la condition de sa grand-mère, dont elle est très proche. Ceux-ci refusent qu’elle se présente à la réunion familiale, de peur que sa sensibilité ne mette la puce à l’oreille de Nai Nai. Billi, malgré ses soucis personnels et financiers, décide de se rendre chez sa grand-mère à l’autre bout du monde, débarquant en plein milieu d’un repas de famille. Bien plus que des retrouvailles, c’est un retour aux sources plus que nécessaire pour la jeune adulte un peu perdue dans la jungle New-Yorkaise, finissant par idéaliser un futur dans le « Géant qui sommeil ».

Rôle endossé à la perfection par la magnifique Awkwafina, lui permettant même de recevoir un Golden Globe de la meilleure actrice dans un film musical ou une comédie, entièrement mérité.

Un film au cœur des traditions chinoises

L’Adieu nous plonge en plein milieu de la culture et des traditions chinoises, dans un cadre familial où paraître et distance sont de mise. Entre chocs générationnels et culturels, nous sommes transportés dans une réalité troublante à laquelle font face de nombreuses familles d’origine chinoise.

Et si Nai Nai (qui signifie grand-mère paternelle en mandarin) voulait aussi nous dire au revoir ?

Le dilemme silencieux de toute une communauté est exposé sous nos yeux de façon très intimiste, à travers le point de vue occidental et le point de vue chinois. Un vrai casse-tête (chinois), entre réalité, mensonges et émotions, qui pourrait sembler impossible à nos yeux, cependant, la loi chinoise autorise à mentir sur l’état de santé d’une personne.

Une mise en scène sobre et subtile

De plus, la réalisatrice – puisant dans son passé personnel afin d’offrir son deuxième film – aborde subtilement de nombreux sujets, tout en restant objective. Par exemple, à travers les dialogues entre les membres de la famille et leurs points de vue suivant la culture dans laquelle ils se sont exilés, Lulu Wang met les projecteurs sur les relations familiales ou l’idéalisation des États-Unis. Le regard de Billi sur les terres de son enfance nous amène à réfléchir sur l’industrialisation de la Chine. On peut également retrouver les thématiques de la pauvreté et les difficultés sociales dans le cadre de vie de notre autrice américaine, tout comme en Chine. Sans oublier les valeurs de la famille et le respect des anciens présents tout au long du film. Ce qui nous permet d’aborder une certaine, et peut-être nouvelle, vision de la vie et surtout de la maladie. Doit-elle être taboue ? La santé mentale l’emporte-elle sur la santé physique ?

La gravité se dégageant de tels questionnements est toujours abordée avec légèreté, la neutralité de la mise en scène permettant à Lulu Wang de ne jamais tomber dans le pathos. C’est la douceur de la musique, signée Alex Weston, qui ajoute un impact émotionnel au long-métrage : entre piano et karaoké, elle accompagne les pensées des personnages confrontés à cette torture émotionnelle.

Des émotions qui me vont droit au cœur, me rappelant la relation entre ma grand-mère et moi ainsi que les fossés générationnels que l’on peut retrouver aux repas de familles. Des moments familiers, dans un contexte culturel différent du notre. Une sensibilité à laquelle on peut s’apparenter. Un film magnifique et intense, qui risque de vous surprendre et d’humidifier vos yeux.

Crédit photo: l’Adieu, 2020 – SND

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