The Gangster, the Cop, the Devil : “BITES DIFFÉRENTES, COEURS UNIS !”

Critique de The Gangster, the Cop, the Devil (Cannes 2019, Sélection officielle hors compétition), de Won-Tae Lee

Assister au festival de Cannes n’est pas de tout repos entre les œuvres parfois indigestes et les combats de bourgeois autour d’un siège réservé. Le chaos fait rage dans la salle, sang et botox immergent nos pieds, LE SOL SE FISSURE VOMISSANT LES ÂMES MAUDITES DANS UN CRI DE TEMPÊTE..Je…Reprenons. Même pour nos plus grands athlètes, ce marathon visuel est épuisant et la fatigue se fait forcément ressentir au fil des séances… On fait la queue, on prend place, l’œil sec, le dos endolori, le teint livide. Soudain, tout droit venue de Séoul, l’ogive de Won-Tae Lee explose et souffle au loin tout sentiment de faiblesse. Cinq minutes suffisent pour capturer le spectateur et ne plus le lâcher une seule seconde. La simplicité de l’intrigue génère un récit bigrement efficace. Un chef de gang se fait attaquer en pleine nuit par un tueur en série, il décide alors de traquer ce dernier et de lui régler son compte. Pour avancer dans ses recherches, il fait équipe avec un jeune policier. La règle du jeu est la suivante : on partage les informations et le premier à attraper le monstre décide de son sort.

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Quand le poing brise la lame.

On découvre nos trois personnages respectivement incarnés par Dong-seok Ma (the Gangster) dont la force nous avait déjà impressionné dans Le dernier train pour Busan, Mu-Yeol Kim (the Cop) et enfin Sung-Kyu Kim (the Devil).

Évanescent, le diable n’a pas de visage. Il existe seulement à travers des bribes corporelles, les doigts écorchés, les joues creuses et le regard assombri par l’ombre d’une capuche. En revanche, la barbarie de son acte est parfaitement tangible, il chasse et damne de son couteau les brebis égarées dans la banlieue endormie. Le film s’ouvre dans un déluge d’incisions. Deux voitures se percutent, le diable sort et poignarde frénétiquement sa victime, laissant à l’écran le dernier souffle d’un homme à l’agonie. Il ne dissimule jamais les corps et la caméra obéit a son désir d’exhibition en ne perdant aucun détail de l’acte. Un gâteau laissé sur le siège pour une petite fille qui ne verra plus son père permet habilement d’humaniser la victime. Le réalisateur joue de notre sensibilité comme de l’accordéon, tantôt gonflée devant la monstruosité du diable puis totalement absente face à la sauvagerie du gangster. 

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Au delà d’un simple face à face manichéen, nous assistons à un opéra subtil où le chef d’orchestre organise ses instruments de violence dans un dialogue entre tension et résolution. Sans en faire l’apologie, la pègre apparaît comme unique solution à la violence luciférienne méritant plus qu’une simple peine de prison.

C’est ce rapport de force entre le bien et le mal qui fait avancer le film et qui maintient le spectateur en haleine. A travers ce choix de mise en scène, la cruauté du diable supplante celle de nos héros, le coup de couteau est terrifiant, le coup de poing libérateur. Il semblerait que le monstre met la barre si haute qu’il laisse une marge de manœuvre aux protagonistes. Au plus grand plaisir du spectateur, les crimes de l’un justifient ceux des autres. Cette démarche laisse place à des combats d’une violence jouissive. Le gangster faisant face à dix autres yakuzas, brisant leur mâchoire comme du verre lors d’un mariage juif et arrêtant, sans flancher, des coups de batte avec sa tête. Il ne tue personne mais chaque coup porté fait trembler les sièges. C’est comme regarder un ours combattre un banc de crevettes, la joute est tellement unilatérale qu’elle en devient excessivement drôle. Pourtant dès que le Diable entaille et transperce, notre mâchoire se crispe.

Surfant sur cette vague d’ambiguïté le spectateur se demande: La présence du diable justifie t-elle la traque acharnée des deux chasseurs? Véritable dilemme éthique, nous avons d’un côté le bon assassin et de l’autre le mauvais. Quand le flic ou le truand fracasse du yakuza, c’est pour une bonne raison, les victimes ne sont pas innocentes, ce sont des “méchants” en costume noir. Quand John Wick extermine soixante-dix-sept personnes dans le premier opus, on ne questionne pas une seconde son geste, ils ont tué son chien bordel !

Leur violence individuelle présente chacun des personnages et c’est grâce à elle qu’on s’y attache paradoxalement. Chaque combat est soutenu par les rires et les “Ouuuh” complices du spectateur, la violence n’est pas gratuite, elle fait office d’exutoire.

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Ce tandem explosif entre le jeune loup policier et le bœuf de trait mafieux fait avancer l’intrigue à coup de poing dans les côtes et qu’est ce que ça peut faire du bien. On distribue les pains comme les plateaux de dégustation à la foire du trône. Cette complicité est jouissive, elle sert de moteur au film et tout est bon pour déclencher un frisson, les slow-motion walk sur un riff décapant, les coups dévastateurs du mafieux herculéen et ce flic arrogant au plus haut point, prenant un malin plaisir à humilier les gangster du coin.

Par ce déferlement curatif, ce polar coréen exceptionnel agit comme un remède contre la morosité. En sortant de la salle, on ressort les répliques cultes, on a le sourire aux lèvres et on est prêt à prendre la vie par le col.

PS: Sylvester Stallone veut produire un remake américain en reprenant Dong-seok Ma dans le rôle du Gangster!

Crédits : B&C Group, BA Entertainment, Balboa Productions

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