Marvel’s Spider-Man : Quel héros pour quel héroïsme ? [2/2] SPOILER

Comme convenu, je débute cette deuxième partie par l’étude de la prodigieuse fin du jeu, attention donc aux spoilers. Le combat  final voit s’affronter Spider-Man et Docteur Octopus. Le premier se doit de sauver  Norman Osborn des mains du Docteur. De fil en aiguille, les adversaires se retrouvent tout en haut d’un building. Ce combat au sommet concentre spectaculaire et tension dramatique dans une forme d’excès qui convient bien à un dénouement. Spider-Man, à force de se faire frapper, n’a plus le visage couvert. Ainsi, le combat final est littéralement un combat opposant Peter Parker au Docteur Octopus, Peter devant vaincre son mentor. Je ne m’attarderai pas sur le dialogue très intéressant qui a lieu entre les deux et qui amène Peter Parker à épargner le Docteur Octopus. L’éclair de génie d’Insomniac Games vient frapper après ce combat final.

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Peter a vaincu le Docteur Octopus mais son objectif principal était de récupérer le sérum d’un poison qui avait été lâché dans New York. Ici, Spider-Man cherche à sauver New York mais Peter Parker cherche à sauver Tante May, empoisonnée, à l’agonie. Peter Parker, en costume de Spider-Man, rejoint donc Tante May avec l’antidote mais un problème se pose. Vu l’état de Tante May, les médecins ont besoin de l’antidote au complet pour la soigner, ce qui implique qu’ils ne pourront pas copier l’antidote et que la population contaminée de New York va mourir. Là, l’écriture et la réalisation réussissent deux coups de génie. Spider-Man semble abattu par la nouvelle mais Tante May s’adresse à lui et lui explique qu’il faut qu’elle meurt. Mais elle ne parle pas à Spider-Man, elle parle à Peter et révèle qu’elle connaissait depuis longtemps son secret. En ce sens, Tante May finalise et conclue l’identité complexe de Spider-Man/Peter Parker. Alors que Peter a dû tuer le père, avec son combat contre Doc Ock, c’est la mère qui réunit ces deux visages, met un terme à la dialectique qui oppose Spider-Man et Peter Parker pour enfin faire émerger Spider-Man/Peter Parker. Les paroles de Tante May sont cependant suivies des actes de Peter Parker/Spider-Man, qui, tragiquement, alors qu’il peut la sauver, laisse mourir Tante May. Le jeu joue littéralement avec la question de l’identité pour finalement conclure et créer l’individualité née de Spider-Man et Peter Parker. Tout cela se résume très bien par une phrase de Mary Jane vers la fin du jeu, qui dit à Peter : « Peut-être que Spider-Man a besoin de son ami Peter ».

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Quand Peter Parker et Spider-Man ne font plus qu’un

Un héros qui souffre

On voit avec cette fin à quel point le scénario vient mettre à mal Peter Parker. Là-encore, le jeu procède avec intelligence, dans une mode qui a connu son paroxysme devant le grand public avec Infinity War des frères Russo, en présentant l’héroïsme à travers l’enjeu de la défaite. À de très nombreuses reprises, la situation est souvent désastreuse et les « méchants » gagnent. On notera par exemple la scène tragique qui introduit Miles Morales et nous fait jouer ce jeune adolescent qui recherche son père après une explosion, alors qu’en tant que joueur ou joueuse, nous savons pertinemment que son père est mort. Ce passage en devient d’autant plus violent puisque, contraint de faire progresser l’adolescent selon la logique implacable du jeu-vidéo, on participe à faire souffrir ce personnage. Plus directement, pour Spider-Man, la défaite est souvent violente, on pensera notamment au moment où il se fait accabler de toutes parts par les Sinister Six, à tel point qu’il connaît un black out d’une journée, après lequel on découvre la ville plongée dans le chaos. C’est là encore une des belles réussites du jeu : la difficulté. Spider-Man est avant tout un personnage qui perd : tel un Sisyphe moderne, son ascension est vouée à l’échec. Ce rapport à l’échec se retrouve dans le jeu grâce à la difficulté. Certes, Spider-Man est puissant mais le jeu n’est pas un long fleuve tranquille. Je dois dire qu’en commençant l’histoire principale, après mes deux heures de balade dans New York et l’arrêt de quelques criminels, j’avais peur que le jeu soit plutôt répétitif. Mais là encore, Insomniac Games s’inspire des Batman Arkham pour enrichir leur œuvre. Ainsi, le Docteur Octopus a libéré des prisonniers qui envahissent la ville, accompagnés des Sinister Six. Mais Norman Osborn, en tant que maire très impliqué dans cette histoire, engage Silver Sable et sa société pour maintenir la sécurité dans la ville, comprenez-y « instaurer un état d’urgence ultra-autoritaire et militaire ».

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Découverte de l’état chaotique de New York

Dès lors, le jeu, qui savait gérer sa difficulté jusque-là, bascule. Spider-Man vient d’être violemment défait par les Sinister Six et, au-delà du scénario principal, il s’agit encore pour nous de veiller sur New York  n’oublions pas que Spider-Man est le « Friendly Neighborhood Spider-Man ». Le chaos est total et impressionnant mais surtout Spider-Man devient l’ennemi public n’°1, recherché par tout le monde. Il faut bien imaginer alors que dans cette partie du jeu, il est impossible de faire 50m dans les airs sans se faire tirer dessus, par un sniper, des roquettes, des mitraillettes ou les trois ensemble. On est véritablement seul contre tous. Spider-Man régnait sur la ville, il en est désormais la proie. Les combats au début nous permettent de vivre la puissance d’un super-héros mais ces combats servent de préparation à des batailles bien plus délicates. On saluera d’ailleurs la gestion des ennemis, qui semble avoir un double fonctionnement. L’IA peut s’avérer très faible, notamment lors des phases d’infiltration, et très agressive dès lors que Spider-Man est encerclé. Finalement, il s’agit de rester sur ses gardes et de ne pas se laisser duper par les moments où l’IA est « calme ». L’agressivité, voire le harcèlement, des ennemis sera à son paroxysme lors du véritable combat final contre Mr. Negative, qui fait apparaître presque infiniment des sbires démoniaques.

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La logique d’échec qui dirige le scénario et plus largement le personnage de Peter Parker/Spider-Man s’intègre ainsi très bien à une logique vidéoludique qui voit la personne derrière la manette suivre ce même schéma, parfois perdre mais toujours réessayer. En parallèle, le jeu développe cette logique afin de nous mettre au défi. Le jeu introduit Taskmaster, « vilain » peu connu mais emblématique, pour poser des défis qui demandent rapidité, agilité et/ou discrétion. Certes dispensables, les défis et quêtes annexes permettent d’assouvir les désirs des personnes les plus complétives d’entre nous. On a d’une part cette volonté de tout débloquer, ce qui amène par exemple à retrouver les sacs à dos de Peter (qui sont chacun des souvenirs de l’histoire de Peter Parker) et, d’autre part, la dimension de surpassement propre à l’essence même de l’héroïsme et du jeu vidéo. Tous ces collectibles permettent de débloquer des gadgets et des costumes, costumes qui vont surtout satisfaire les fans, peut-être à outrance. Il est cependant intéressant de noter que ce genre de détails suit une logique vidéoludique, qui développe pourtant le personnage et satisfait les fans.

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Spider-Man vaincu par les Sinister Six

Dans ce jeu vidéo, Spider-Man blague beaucoup et Peter Parker souffre beaucoup. Le jeu est à la fois un triple A à la réalisation fine et bien pensée mais aussi un excellent jeu Spider-Man. Les fans comme moi ainsi que les personnes moins averties, trouveront leur intérêt et beaucoup de plaisir avec un personnage qui a enfin droit à un jeu digne de son nom. Insomniac Games a compris Spider-Man, la construction fictive qu’est ce super-héros, et l’a parfaitement intégré à une logique vidéoludique. Je conclurai d’ailleurs par l’exemple des quêtes de Harry Osborn, qui sont des quêtes à caractère écologique. Ces quêtes sont toutes des quêtes annexes mais elles remplissent trois fonctions. Tout d’abord, elles permettent d’évoluer dans le jeu, en débloquant certains éléments, ce qui est classique dans un jeu vidéo. Ensuite, elles participent à un effet tragique d’annonce vis-à-vis du personnage d’Harry (elles ne sont donc pas présentes « pour rien » dans le jeu) et, enfin, elles parachèvent le personnage de Spider-Man qui passe son temps à s’occuper de tout et n’importe quoi à New York, qu’il s’agisse de retrouver des pigeons, de réparer un système de communication ou d’affronter des super-vilains. Mais, le Tisseur lui-même résume très bien la chose lors d’une des missions annexes d’Harry Osborn : « Je ne connais pas beaucoup de super-héros qui débouchent les toilettes »  ça, c’est Spider-Man.

Pour les personnes qui ont joué au jeu, vous pouvez d’ailleurs retrouver actuellement ce Spider-Man dans les parutions américaines du récit « Spider-Geddon », qui sortira sans doute l’an prochain en France. Il est d’ailleurs très étonnant et intéressant de voir un personnage que l’on a pu contrôler et dont on a suivi l’histoire venir s’épanouir sur le medium d’origine du super-héros. Même si cela s’inscrit dans une logique commerciale, en préparant notamment la suite du jeu, la dimension artistique demeure présente.

Crédits : Raphael Bonelli ; Paulus_NL ; Grihan Plays ; Mika Lastname ; Raffu ; Allie ; Paul Bowen ; Jorge Figueroa ; Insomniac Games ; Sony Interactive Entertainment

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