Jurassic World Fallen Kingdom : Suite impériale

Critique de Jurassic World : Fallen Kingdom (2018) de J.A Bayona.

L’été est sans doute ma saison préférée. Il fait beau, il fait chaud, les gens sortent. Bref, une saison parfaite pour aller s’asseoir dans les salles de l’UGC le plus proche. Car oui, qui dit été dit également blockbusters. Et cette année, la liste est plutôt prometteuse : Les indestructibles 2, Ant-Man et la Guêpe, Mission : Impossible – Fallout ou encore En eaux troubles. Vous savez quoi, tout ça me met de bonne humeur, car l’un des premiers blockbusters d’été est sorti mercredi, et c’est un film de qualité. Il s’agit de Jurassic World : Fallen Kingdom.

Blockbuster et film d’auteur ?

Je fais partie des rares personnes ayant apprécié le Jurassic World de Colin Trevorrow. J’attendais donc ce nouvel opus avec beaucoup d’impatience. En voyant les trailers, j’ai cependant un peu pris peur. On présentait le film comme un gros film d’action. Je me trouvais alors face à des images certes impressionnantes, mais entre lesquelles je n’arrivais pas à tisser de lien logique. Mais j’ai appris plus tard que le réalisateur de Fallen Kingdom n’est autre que J.A Bayona. Cette personne a réalisé L’orphelinat, film pour lequel il a reçu le grand prix au festival du film fantastique de Gérardmer, et Quelques minutes après minuit.  Ces œuvres sont très personnelles et révèlent un véritable talent de metteur en scène. Je suis donc allé voir Jurassic World : Fallen Kingdom plus sereinement. Résultat ? Le meilleur opus de la saga depuis le premier film de Steven Spielberg, en 1993. Ce qu’a fait J.A Bayona, c’est un vrai geste d’auteur, il s’est approprié la commande, il a adapté l’univers à son propre univers.

A la fin du premier film, le parc de Jurassic World retournait à l’état sauvage. Isla Nublar est désormais une île peuplée de dinosaures. Trois ans plus tard, le volcan de l’île rentre peu à peu en éruption et les dinosaures se retrouvent en danger. Owen (Chris Pratt) et Claire (Bryce Dallas Howard) se retrouvent lancés dans une mission de sauvetage pour sauver une dizaine d’espèces. Cependant, les choses tournent mal. Ils comprennent très vite que sauver les dinosaures importent peu à leur employeur. Ce qu’il souhaite, c’est les vendre au plus offrant, parfois comme armes de guerre. Ils vont alors devoir survivre au milieu de cette conspiration, et tenter de la déjouer.

Le titre du film invite à la démesure, et les trailers rejoignaient cette idée. Or cette démesure est éphémère, elle ne concerne qu’une infime partie du film, celle de l’éruption. Car, il faut le mentionner, la moitié du film se déroule dans un manoir. Ce qui est présenté comme un film d’action/aventure est en réalité un demi huit-clos. Le monde qu’évoque le titre n’est alors que le point d’aboutissement du film de Bayona.

Les lois de la tension

Dans Jurassic World, les dinosaures étaient une attraction. Dès l’ouverture de Fallen Kingdom, on constate le fossé qui sépare les deux films. On ne ressent alors qu’une chose : le danger. Une équipe est envoyée sur Isla Nublar pour récupérer de l’ADN sur le squelette de l’Indominus Rex, le dinosaure créé génétiquement dans le premier film. La tension qui règne est alors quasiment insoutenable. Mais surtout, elle est maîtrisée. On est en pleine nuit et en pleine tempête tropicale. Quelque chose est présent dans le hors-champ, une menace. Des arbres bougent, on devine le mouvement d’une masse parmi les feuilles tandis qu’une ombre apparaît au fond de l’eau, la lumière des éclairs finissant par révéler la silhouette d’un T-Rex. Le danger est là, et lorsqu’il finit par se manifester, il est déjà trop tard. Cette ouverture m’a convaincu de la qualité du film. Et plus important, elle met en évidence un mot d’ordre : la tension. C’est alors elle qui va régir la mise en scène du film. On va trouver cette tension à toutes les échelles. La séquence de l’éruption reflète bien cette idée. Celle-ci est divisée en deux moments : une course poursuite entre le volcan, les dinosaures et nos héros (je vous jure), et Chris Pratt qui vient secourir les autres personnages, enfermés dans un véhicule sphérique en train de couler au fond de l’océan. La course-poursuite atteint la démesure à un point qui en devient jouissif. Les débris de l’explosion, ainsi que les dinosaures, viennent surcharger le cadre, on ne sait plus où donner de l’œil. Tout n’est qu’explosion, il faut s’enfuir, courir jusqu’à l’océan pour survivre. Arrive alors le moment où Chris Pratt disparaît dans la fumée, et où le véhicule sphérique chute d’une falaise et se retrouve en train de s’enfoncer dangereusement dans l’eau. Nous sommes alors à l’intérieur de cette capsule. Un plan séquence intervient, accentuant davantage la tension qui règne à l’écran. L’eau commence à rentrer à l’intérieur, des débris et des dinosaures tombent dans l’océan au même moment. C’est finalement Chris Pratt qui surgit et vient en aide aux autres personnages. La séquence a été longue, et pas une seule seconde la tension n’a cessé. On passe d’un macrocosme (l’éruption, la course-poursuite) à un microcosme (la capsule au fond de l’eau) de manière fluide, sans perdre en intensité. Au contraire, celle-ci ne fait que s’accentuer.

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La maison du diable

L’intensité atteint son paroxysme dans la seconde partie du film. Comme je vous l’ai dit, elle se déroule intégralement au sein d’un manoir. C’est alors là que le talent de metteur en scène de Bayona va se faire le plus ressentir. Il choisit d’exploiter cinématographiquement un espace dans ses moindres recoins, comme il le faisait à l’époque dans L’orphelinat. Un nouveau personnage intervient, Maisie, une petite fille qui va rapidement se lier d’amitié avec Owen et Claire. Elle vit au sein du manoir, elle le connaît donc dans ses moindres recoins. Dès lors, le film se fait jeu, un jeu du chat et de la souris entre le dinosaure et l’homme dans un espace restreint, mais exploité au maximum par un metteur en scène faisant régner une tension permanente. On voit le film devenir sous nos yeux un véritable film de genre, à la limite de l’horreur. La mort guette les personnages dans toutes les pièces, tous les recoins, au détour de chaque couloir. Cette mort, elle est incarnée par une nouvelle création génétique, plus dangereuse que l’Indominus Rex du premier film. Une fois cette créature lâchée, nos héros n’ont qu’un seul objectif : survivre. Le dinosaure devient alors moins la créature fascinante des premiers films qu’un tueur de slasher. L’Indoraptor (c’est son nom) est plus proche d’un Michael Myers ou d’un Freddy Kruger que d’un vélociraptor. Il est alors en mesure de se faufiler comme il le souhaite au sein du manoir. Une séquence, où Maisie se fait surprendre dans sa chambre par ce monstre, illustre très bien cette idée. En arrivant, Maisie ferme la porte et se cache sous sa couverture. Mais l’Indoraptor choisit de rentrer par la fenêtre de la chambre. Et là, ce qu’on voit à l’écran, c’est davantage la terreur de Maisie que le dinosaure. On ne voit la créature que partiellement : des gros plans de ses griffes, l’ombre qu’elle projette sur les murs de la chambre, sa silhouette derrière un rideau que le vent met en mouvement. Mais surtout, on voit le visage terrifié de Maisie. On pourrait alors paraphraser le réalisateur David Cronenberg, en disant que dans cette séquence « les effets spéciaux se nomment d’abord mise en scène et montage ». L’Indoraptor apparaît déjà à l’écran avant même sa manifestation physique. Il est une ombre, une silhouette menaçante, un véritable croquemitaine, et un visage : celui de Maisie, pétrifiée par la terreur qui la submerge alors qu’un monstre est en train de se rapprocher d’elle. Cette séquence reflète une des nombreuses modalités de mise en scène présentes dans la seconde partie de Fallen Kingdom. En révéler davantage tiendrait du sacrilège, je vous laisse donc aller les découvrir par vous-même dans les salles de cinéma.

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Fallen Kingdom est moins un film d’action/aventure qu’un film de survie. Une tension règne tout le long du film, et elle ne fait que s’intensifier, particulièrement au sein des espaces restreints. Les rares moments de pause qui nous sont alors accordés brillent alors parfois par leur beauté. Je retiendrai personnellement la disparition d’un dinosaure dans la fumée et les flammes de l’éruption, hurlant à la mort, observé par Owen et Claire qui ne peuvent retenir leur larme devant ce spectacle tragique : la fin d’un monde et le début d’une nouvelle ère. Et davantage que Jurassic World qui reprenait plus ou moins la trame scénaristique du premier film de Spielberg, Fallen Kingdom est le film qui marque le commencement de cette nouvelle ère.

Photos : Universal Pictures, Universal Pictures International France.

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