Dead Silence : Poupée de cire poupée de sang

Critique de Dead Silence de James Wan, 2007

Saw, The Conjuring, Insidious, Annabelle. Autant de films réalisés ou produits par la même personne, James Wan, sans doute l’un des réalisateurs de cinéma d’épouvante les plus importants de ces dernières années, si ce ne n’est le plus important. Il est intéressant de voir à quel point il s’efforce d’entretenir une filiation dans son oeuvre, que ce soit en terme de thématiques ou de réalisation. Car, malgré les apparences, James Wan est un véritable auteur, et on le voit déjà dans un film assez méconnu, Dead Silence. On pourrait penser que sa démarche a débuté avec Saw. Mais à mon sens, c’est avec ce film que Wan a commencé à mettre en place un système qui lui est propre. Sans surprise, Dead Silence est nettement inférieur à ce qu’il a pu faire récemment, cependant il constitue un tournant indéniable au sein de sa filmographie.

Alors que Jamie s’absente quelques minutes de chez lui, sa femme se fait sauvagement tuer par une marionnette déposée par un inconnu sur son palier un peu plus tôt dans la soirée. Évidemment, la police ne croit pas une seconde à sa version des faits et en fait le suspect numéro un de l’affaire. Il va alors décider de mener sa propre enquête. Celle-ci va le mener dans son village natal, où il va apprendre que la marionnette appartenait à une certaine Mary Shaw, une ventriloque devenue une légende locale…

Dead Silence est très clairement un conte horrifique, qui ressasse de nombreux clichés : un village perdu qui ressemble plus à une ville fantôme qu’autre chose, un manoir abandonné depuis des décennies situé en plein milieu d’un lac, un héros pas très dégourdi et un inspecteur qui ne vaut pas mieux que lui, et cerise sur le gâteau, un esprit vengeur. Certes, ces clichés sont en mesure de repousser de nombreux spectateurs par leur manque d’originalité. Cependant James Wan les met en place dans le but de les utiliser d’une manière à laquelle ils ne sont pas habitués. Terrifier le spectateur alors qu’il est face à un environnement qu’il a pourtant déjà vu à de nombreuses reprises dans des films du même genre, c’est là l’objectif de James Wan dans Dead Silence, et accessoirement dans les autres films d’horreur qu’il a réalisé par la suite. Comme à son habitude, il joue beaucoup avec le non-vu, avec quelque chose présent dans le hors-champ qui représente une menace pour les protagonistes. Cette menace, ici, c’est Mary Shaw, comme le seront par la suite les différents démons de Insidious ou la sorcière de The Conjuring. Et, une fois n’est pas coutume, l’esprit maléfique a un design plutôt marquant. D’autre part, le fait de souvent placer sa caméra à hauteur d’enfant, et donc de marionnette, a pour effet de faire sentir la menace derrière l’objectif, la rendant omniprésente. Car ,en opérant ce geste de metteur en scène il nous met en garde que n’importe quel plan du film peut être subjectif, c’est-à-dire du point de vue de Mary Shaw. D’ailleurs, il s’agit d’une hypothèse pouvant être aisément validée lorsqu’on a vu le film dans son intégralité, mais je préfère vous laissez découvrir ça par vous même.

Comme je l’ai dit plus tôt, Dead Silence est un tournant dans la filmographie de Wan. On y voit déjà à quel point il est un cinéaste d’ambiance. Tout le film se passe dans une obscurité constante, même de jour, ce qui participe à son statut de conte horrifique et au sentiment d’insécurité qui entoure les personnages. Et, fait intéressant, on peut observer ce que l’on pourrait appeler des portes vers ses autres œuvres. Ainsi, l’apparence de Mary Shaw nous rappelle la vieille femme de Insidious. Les nombreux plans de nuit dans le brouillard, en particulier celui où Jamie évolue sur le lac dans une barque en tenant à sa main une lanterne, renvoie une fois de plus à Insidious et à ses séquences se déroulant dans le « lointain ». Les poupées renvoient bien sûr à Annabelle dans The Conjuring tout en marquant une filiation avec Saw. On peut également surprendre Jamie jouant quelques notes au hasard sur un piano poussiéreux, notes identiques à celles que la mère joue sur le vieux piano de la cave dans The Conjuring, dans un plan qui est d’ailleurs cadré de la même manière.

Au final, Dead Silence est un bon film d’horreur, annonçant la suite de la carrière de James Wan. Efficace et marquant, on observe toujours autant de références à des films d’horreur plus anciens, un héritage que James Wan aime et respecte énormément et au sein duquel il s’inscrit aujourd’hui. Cet héritage n’est autre que celui de Roman Polanski, Wes Craven, William Friedkin, John Carpenter, Takashi Shimizu et Hideo Nakata. 

Photo : Paramount Pictures.

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