La fête est finie : girls just wanna have fun

 

Critique du film La fête est finie de Marie Garel-Weiss, 2018

Il existe différents angles d’approche du thème de l’addiction : souvent représentée à travers de nombreux effets chocs comme les hallucinations visuelles pour souligner son caractère cryptique et hypnotisant, il est moins courant de voir des réalisateurs s’intéresser à l’aspect plus concret de la dépendance. Certains films, tel qu’Oslo 31 août de Joachim Trier, se penchent cependant sur le dur retour à la vie active que rencontrent les accros aux drogues en sortant de désintoxication. En restant dans cette démarche, Marie Garel-Weiss réussit, dans La fête est finie, son premier long-métrage, à traiter ce sujet poignant sous un angle très réaliste, le film étant inspiré de sa propre expérience. La « fête » évoquée dans le titre n’est autre que la consommation abusive de drogues dont font preuve les deux personnages principaux. Céleste, 19 ans, se retrouve dans un centre de désintoxication où elle rencontre Sihem, 26 ans, accro aux drogues elle aussi : cet endroit apparaît pour elles comme une dernière opportunité, le moyen d’opérer un changement durable de style de vie. Rapidement, une amitié naît entre ces deux jeunes femmes désorientées et reliées par l’envie de liberté. Ensemble, elles vont essayer de s’en sortir : mais cette relation fusionnelle est-elle une force ou un obstacle ?

La réalisatrice montre avec authenticité la dualité de cette amitié qui est à la fois nécessaire car l’une est le pilier de l’autre, mais également proche de la toxicité car Céleste et Sihem affrontent les mêmes peurs et les mêmes doutes qui les mènent parfois à l’excès. « Vous êtes la béquille l’une de l’autre » : le parallèle entre dépendance à la drogue et dépendance affective est invoqué dès la première partie du film par le directeur du centre qui remarque que les deux jeunes femmes boiteraient si elles venaient à être séparées. La relation fusionnelle dépasse l’écran car la complicité et la communication sont réelles entre Clémence Boisnard et Zita Hanrot : lors de l’avant-première du film, la réalisatrice explique qu’elle a su qu’il se passait quelque chose entre les deux jeunes actrices lorsque, pendant le casting, elles se sont mises à pleurer en jouant la scène de la violente dispute entre Sihem et Céleste avec une force et une émotion exceptionnelles. Cette scène de dispute, alternée avec des scènes de complicité, ou encore des scènes de fête, rend le film vivant et puissant car il n’y a jamais de relâchement : le spectateur passe ainsi par tout un spectre d’émotions diverses. On se sent proche de ces héroïnes perdues dont la vie est pourtant bien éloignée de la nôtre, on vit en même temps que Sihem et Céleste la souffrance à laquelle elles font face. La proximité est renforcée par la justesse des plans qui mettent en valeur la beauté naturelle des actrices, à travers des gros plans qui forcent le spectateur à ne pas lâcher des yeux leurs regards intenses.

illustration La fete est fine

Malgré un scénario qui ne prend pas beaucoup de risques, l’attente est persistante. La difficulté du chemin que les deux jeunes femmes doivent parcourir pour atteindre leur objectif, celui de l’abstinence et de la liberté, est ainsi illustrée à merveille. On peut relever la musique choisie pour accompagner la scène finale, But Now A Warm Feel Is Running de Fhin, qui crée une sensation aérienne et dont les paroles retranscrivent le parcours des deux jeunes femmes. Certaines scènes crues n’épargnent pas le spectateur, -on peut citer celle qui se déroule à l’hôtel et montre la rechute momentanée de Sihem et Céleste qui profitent d’une soirée pour reprendre de la drogue -, mais cela ne fait que souligner le projet de Marie Garel-Weiss, celui de faire un film vrai. Tellement vrai qu’il acquiert presque un caractère documentaire mais qui ne rend cependant pas le film austère. En effet, la seconde partie se penche sur le combat que Céleste et Sihem affrontent une fois qu’elles sont rejetées du centre dont les règles s’avèrent trop strictes pour elles : à partir de ce moment-là, l’accent est mis sur la description du parcours que doivent suivre les dépendants afin de sortir de l’addiction à la drogue, à savoir la recherche de travail et de logement, mais également les groupes de soutien. Car La fête est finie est avant tout un film sur une « renaissance » après la chute, qui pose la question de la lutte. « Ma fille est une guerrière » est une phrase prononcée par la mère de Céleste, dont le personnage est peut-être mis un peu trop en arrière-plan, qui montre tout le courage qu’il faut aux dépendants pour sortir du cercle vicieux de l’addiction. Cela n’est possible que si l’on est accompagné, et c’est ce que présente admirablement la réalisatrice à travers la mise en scène des groupes de soutien, dont une scène en particulier située vers la fin se pose en apogée émotionnelle du film. Vivre ou survivre, tel est le choix que doivent faire ces deux jeunes femmes unies par une amitié intense, incarnées avec justesse par deux actrices extraordinaires qui font toute la puissance du film.

Photo Pyramide

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