Onze Bouge, le festival qui met en avant les arts de la rue

Onze Bouge, joli jeu de mot pour désigner un festival unique qui se déroule tous les ans à Paris, au cœur du 11ème arrondissement. Même le Covid-19 n’a pas empêché la 24ème édition du festival d’avoir lieu cette année (2020). Du 3 au 6 septembre, plusieurs spectacles et événements artistiques ont transporté le public l’invitant à se laisser emporter par les créations généreusement partagées par les artistes. Le festival Onze Bouge a la particularité d’être accessible et ouvert à tous, notamment par la gratuité de l’entièreté des spectacles, qui se sont tous déroulés en extérieur. Pendant ces quatre jours, Onze Bouge a mis de la vie dans les rues parisiennes et a illustré la volonté, l’implication et la passion des artistes et des organisateurs qui ont réussi à maintenir l’évènement. En effet, en plus de la richesse artistique qui nous est offerte, les messages du festival sont forts. Comme l’explique Gil Taieb, le président de l’événement, toute l’équipe du festival a œuvré afin que les artistes puissent partager leurs projets, ils ne se sont pas laissés abattre par la situation et ont trouvé des solutions afin d’animer le 11ème pendant quelques jours. L’équipe et les artistes présents ont réinventé une manière de présenter le festival autant dans l’organisation que dans les spectacles en eux-mêmes, contraints par une proximité et un contact limités entre les interprètes. Onze Bouge nous prouve que le Covid-19 est loin d’être une barrière à la diffusion de l’art.

Le festival réunit un public complètement hétérogène composé de personnes de tout âge, de toute origine, du milieu de l’art ou non, amateurs d’art ou non, comme l’a bien souligné le speaker du battle de danse hip-hop : « Il n’y a pas d’âge, pas de couleur, l’important est d’être là, ensemble ». Onze Bouge nous montre à quel point la culture et les artistes sont primordiaux aujourd’hui dans notre société, à quel point ils peuvent nous toucher, nous rassurer, nous faire rêver, revendiquer un avis, dénoncer, exprimer, « donner un sens à la vie », comme le déclare la directrice du festival, Caroline Loire. A travers les pièces et spectacles proposés, nous tentons de comprendre, nous ressentons, ça nous touche ou non mais en l’espace d’un instant, nous sortons de notre univers pour en pénétrer un autre. Cette année, 17 compagnies ont présenté leurs spectacles exploitant l’espace public, l’extérieur, utilisant un « décor » naturel, qui était déjà là, prêt à les accueillir. Le festival interpelle et lie les différents arts de la rue ; entre théâtre, chant, danse, l’échange entre le public et les artistes est aussi au programme puisque la Caravane l’échangeur permet à ceux qui le souhaitent un entretien individuel d’une quinzaine de minutes avec les artistes, un concept proposé par la compagnie Pôle K.

Je souhaiterais m’arrêter particulièrement sur deux événements qui m’ont marquée. Tout d’abord, évoquons la pièce mêlant danse et théâtre intitulée Traces de murs – Temps de chien, chorégraphiée par Céline Gayon, interprétée par la compagnie C.A.R.G.O. Huit interprètes évoluent dans une pièce qui elle aussi se modifie durant la journée. En effet, la pièce a été présentée trois fois le même jour, dans des lieux et temps différents, durant d’abord 25, 30 puis 40 minutes. Elle évoque les obstacles rencontrés sur nos parcours et la manière dont on peut les affronter ou non. Elle traite la question intéressante ; comment aller de l’avant, seul ou en groupe ? Soutenus par un son puissant, les interprètes incarnent ces différents êtres qui peuvent finalement représenter chacun d’entre nous. Entre mouvements et mots, la dynamique de la pièce nous emporte, le spectateur est fasciné par les visages très expressifs, l’abandon des corps qui font preuve d’une grande énergie et agilité. Ces derniers parlent beaucoup, voire plus que les bouches qui laissent parfois jaillir quelques mots, inattendus, comme une averse. Vêtus dans des tons sobres, chaque interprète porte également une touche de couleur vive qui le démarque, traduction d’un groupe dans lequel chacun peut parfois se retrouver seul.

Dans la troisième représentation, les interprètes se servent de pierres blanches disposées partout dans l’espace représentant ainsi les obstacles. Ils évoluent à travers, avec elles, tentant de s’échapper, de les affronter, de les accepter. Ils jouent beaucoup avec le sol, les murs et les grillages. Notre attention est davantage attiré par le mouvement, la danse, qui est étrangement plus compréhensible que la parole qui peut parfois être perçue comme un simple fond sonore puisqu’incomprise, floue, abstraite. Cependant, nous tentons de s’attarder sur ces mots qui apparaissent, pour les comprendre et ajouter du sens. Les interprètes traversent des épreuves, seuls ou en groupe, entraînant ainsi différentes réactions. Nous remarquons un important travail sur l’espace, le déplacement, la synchronisation et puis parfois une déliaison soudaine qui laisse partir chacun de son côté.

La pièce est perturbante, notamment grâce à l’investissement des artistes qui sont très expressifs, ils donnent toute leur énergie et conservent une connexion continue avec le public l’impliquant encore plus dans la pièce. La chorégraphe était très émue d’avoir pu présenter sa pièce malgré la situation et reconnaissante de sa participation au festival Onze Bouge qui, pour elle, soutient les artistes et la diffusion des arts, ce qui lui semble être primordial pour le monde, un monde qui se réinvente sans cesse tout comme la création artistique.

Enfin, il me semble intéressant de s’attarder sur le battle de danse hip-hop qui a eu lieu le samedi 5 septembre sur le parvis de la mairie du 11ème arrondissement. C’est seulement la 2ème édition de ce battle pour le festival, ce dernier avait eu un grand succès durant l’année 2019. L’événement était organisé par Sandrine Deguilhem et les French Wingz. Notons que la danse hip-hop incarne l’art de la rue dans toute sa splendeur puisque celle-ci est née dans la rue même. Ainsi ce battle s’inscrit parfaitement dans l’état d’esprit du festival. Il a attiré des danseurs du monde entier, de renommée internationale dans le monde du hip hop. Ces derniers se sont affrontés dans un 1VS1 all styles, c’est à dire une danse debout qui accueille tous styles, permettant une large possibilité de propositions diverses ainsi que dans la catégorie 1VS1 break, une danse qui se pratique majoritairement au sol, impliquant généralement des figures et mouvements spécifiques. La particularité de ce battle, reflettant sa singularité, se retrouve dans le fait que durant la finale, les danseurs vont se défier en dansant sur de la musique classique. Cela peut être déstabilisant et un vrai challenge pour un danseur hip-hop qui n’a pas l’habitude d’évoluer sur ce genre de son.

L’événement a attiré beaucoup de gens dont la curiosité a été attisée, il a empli le parvis de la mairie d’une ambiance chaleureuse et joviale. Face aux danseurs qui donnaient toute leur énergie et démontraient leur amour pour cette discipline au centre, le cercle formé par le public autour d’eux redoublait lui aussi d’énergie pour les encourager. Cet échange était fort, chacun était plongé dans la danse partagée par les artistes, qui défendaient leur place en revendiquant leur univers. La danse hip-hop mêlée à la musique classique était marquante car inattendue, inhabituelle. Cette danse urbaine porte des valeurs qui nous sont chères à tous telles que le partage, l’esprit de groupe, l’amour et la paix. Le battle a pu nous le montrer, déclenchant de multiples sourires sur les visages malgré les masques.

J’encourage les festivals comme Onze Bouge qui apportent de la culture, du partage, de la découverte, de la nouveauté, de l’expérience, de la création, des propos et des revendications. Je vous invite également à y assister à l’avenir, vous pourrez voyager tout en restant en France, que demander de plus en cette situation si particulière ?

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