Happy Birthdead, The Babysitter : le slasher contrarié

Critique de The Babysitter de McG (2017) et Happy Birthdead de Christopher Landon (2017)

Le genre horrifique est sans doute celui qui me fascine le plus au cinéma. Je raffole ainsi des films d’horreurs. Qu’ils soient des chefs d’oeuvre ou des navets absolus, je m’en fiche, je prend toujours un plaisir à visionner ces films. Aussi, le plaisir que je peux éprouver devant un grand film comme Massacre à la tronçonneuse se transforme en plaisir coupable lorsque je regarde American Nightmare 2. Ces derniers temps, j’ai pu éprouver un nouveau plaisir devant The Babysittter de Mcg et Happy Birthdead de Christopher Landon. Car, chacun à leur manière, ils vont repenser les codes d’un genre horrifique pour s’en détourner : le slasher.

Je vais commencer par parler du film de McG, car malgré toute la sympathie qui s’en dégage, il reste un cran en-dessous de Happy Birthdead et demeure moins intéressant que celui-ci. Cole est un jeune adolescent amoureux de Bee, sa baby-sitter. Elle entretient une relation fusionnelle avec le jeune garçon, étant une des rares personnes à lui faire oublier son anxiété et sa timidité. Mais un soir, Cole découvre que Bee fait partie d’un groupe sataniste. Il comprend alors qu’il va devoir faire face à ses peurs pour affronter pleinement la situation dans laquelle il se trouve : enfermé chez lui, avec des personnes qui finissent par en vouloir à sa vie.

Le tour de force de The Babysitter, réalisé par McG (Terminator : Renaissance, Charlie et ses drôles de dames) réside dans son retournement scénaristique. Le film semble vouloir s’inscrire dans un héritage afin de s’en écarter. L’exposition, une fille qui garde un enfant un soir où ses parents sont absents dans une banlieue pavillonnaire américaine, ne peut que nous rappeler un des chefs d’oeuvres de John Carpenter, Halloween. Ainsi The Babysitter s’inscrit dans l’héritage du slasher movie, films dans lesquels des étudiants se font massacrer un à un, à l’arme blanche, par un tueur masqué. Une attente est donc mise en place, celle de l’irruption de ce tueur au sein de la diégèse. Or justement, c’est la personne qui incarne le plus le sous-genre du slasher, c’est-à-dire Bee, qui devient la menace. En effet, la jeune femme a tout de la final-girl, ce personnage féminin de la bande qui finit par échapper au tueur, souvent en le tuant, il suffit de penser à Vendredi 13 (1980). Ainsi, on fait face à un retournement par rapport aux codes du genre, c’est la final-girl qui devient le tueur. Dès lors, le film bascule vers un autre genre, celui de la comédie horrifique, un Maman j’ai raté l’avion version trash. Ce que fait The Babysitter, c’est se revendiquer d’un genre pour choisir de rompre avec lui. Ainsi, le slasher, dans le cinéma contemporain, préfère laisser sa chance à la comédie horrifique.

Happy Birthdead de Christopher Landon rompt également avec les codes du slasher, mais de manière plus audacieuse. Le scénario tient en quelques mots : Tree est une étudiante qui revit inlassablement la journée de son anniversaire, qui s’achève toujours par sa mort. Une nouvelle fois, l’exposition tend à inscrire le film dans le sous-genre du slasher. Tree est posée comme un personnage détestable : hautaine, prétentieuse et arrogante. Elle fait une première victime parfaite pour un tueur masqué qui rôde sur le campus, qui s’en prendrait par la suite à un groupe d’étudiants sur lequel la narration se concentrerait. Or il n’en n’est rien, Tree est bien le personnage principal de Happy Birthdead, et sa mort nous ramène là où elle est apparue au début du film, dans la chambre de Carter, un garçon timide et amoureux d’elle.

Le film est parfaitement conscient de l’héritage dans lequel il s’inscrit : le campus et les meurtres, ainsi que la dimension comique que choisit de prendre le film à plusieurs reprises, rappellent le cinéma de Wes Craven, notamment Scream 2. D’autre part, une affiche du film They Live de John Carpenter dans la chambre de Carter nous permet de rapprocher Happy Birthdead, comme pour The Babysitter, avec Halloween. Et il est vrai que les séquences de course-poursuite, notamment celle de l’hôpital, nous rappellent moins les moments burlesques de la saga Scream que certaines scènes du film de Carpenter : une véritable tension subsiste au sein du cadre par un traitement de la profondeur de champ, Tree se retrouve en train de fuir dans un parking au premier plan, le tueur devenant une figure menaçante à l’arrière-plan qui se rapproche de plus en plus de sa victime.

Or Happy Birthdead n’est pas un film qui se contente seulement de reproduire les schémas narratifs et formels ayant pu être institués par les films dont il s’inspire. Au contraire, le scénario et le motif de la répétition conduisent à écarter le film du slasher. Il n’y a plus de final-girl, Tree semble immortelle. Les séquences de meurtres, petit à petit, n’ont plus pour vocation de terrifier. On sait qu’elle peut recommencer la journée, le tueur n’est alors plus une menace. Le film finit ainsi par se transformer en enquête, Tree et Carter décidant de mettre au point un plan où la jeune femme, lors de chaque journée, suivrait une personne qu’elle soupçonne d’être son meurtrier. Ainsi, c’est le motif de la répétition qui conduit le film à se détacher du sous genre qu’est le slasher. Comme pour The Babysitter, on part du slasher pour aller vers autre chose. Or là où McG choisit de le faire par un retournement scénaristique, Christopher Landon choisit d’en faire le système même de son film, allant jusqu’à faire recommencer à deux reprises le logo Universal avant que le film débute. Ce qui se met donc en place dans Happy Birthdead, c’est un jeu qui prend la forme d’une enquête. De la même manière que Tree, le spectateur est invité à mener l’enquête en revivant la journée de son anniversaire. Et c’est en invitant le spectateur, comme le personnage principal du film, à mener l’enquête, que le slasher finit par être oublié. Ce qu’on attend, ce ne sont plus les meurtres, mais la résolution d’une enquête. Face à Happy Birthdead, on passe d’une attitude de spectateur à une autre, d’un genre à un autre, du slasher à une comédie policière et horrifique.

The Babysitter et Happy Birthdead assument pleinement l’héritage dans lequel ils s’inscrivent. Mais tous les deux ont la particularité de s’écarter de cet héritage. Présentés d’abord comme des slashers, ils se tournent vers ce qui relève d’autres genres. Ce que nous montrent ces films, c’est qu’aujourd’hui, repenser le slasher est une démarche qui fonctionne. En résultent alors des films qui sont loin de réinventer le genre, mais qui proposent quelque chose de rafraîchissant, et surtout de plaisant, contrairement à certains films qui se contentent seulement de reprendre des schémas narratifs et formels déjà exploités des dizaines voire des centaines de fois, à l’image du Leatherface d’Alexandre Bustillo et Julien Maury.

Photo : Universal Pictures.

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