Animal Crossing New Horizons et le confinement, une histoire d’amour

Critique de Animal Crossing New Horizons, jeu Nintendo (sortie 20 mars 2020)

Je vous assure que vous n’avez pas pu rater la sortie du jeu. Impossible. Les images de Tom Nook et des cascades sur l’île déserte tournent en boucle sur tous les réseaux sociaux : des joueurs venant de commencer leur partie, à ceux l’ayant déjà terminée, en passant par de véritables artistes. On a tout vu ! Mais pourquoi ? Pourquoi ce jeu à l’apparence si enfantine attire-t-il autant les foules ? Fan de la première heure, je vais tenter de répondre de manière objective à toutes vos interrogations sur la folie Animal Crossing.

Lancez la musique et laissez-vous porter.

Animal Crossing : plutôt Sims ou Farmville ?

Animal Crossing, ou Dōbutsu no Mori originellement, c’est un jeu vidéo de gestion au gameplay de type sandbox. Ça vous aide ? Pour faire simple, le joueur crée son personnage pour aller vivre dans une petite ville (récemment une île déserte mais on y reviendra), avec des habitants qui sont des animaux anthropomorphes. Le but est de développer la ville, « l’agrandir » en la développant sur le plan culturel (on peut pêcher des poissons, attraper des insectes et déterrer des fossiles pour les confier au musée), sur le plan économique (plus on achète dans la boutique, plus elle grandit. Vive le capitalisme. Et il faut rembourser le prêt de notre maison pour l’agrandir, ce qui contracte un nouveau prêt. Vive le capitalisme bis.) et sur le plan social dirons-nous (on s’entraide entre voisins, on fête les anniversaires, on se donne des coups de mains/pattes/ailes). On n’est donc pas dans le même type de simulateur de vie que les Sims, qui se concentre plutôt sur une « famille » et leur évolution propre.

Le gameplay (de type sandbox donc) est non-linéaire, et fait appel à la curiosité et la créativité du joueur. On n’a pas nécessairement besoin de remplir les objectifs fixés par les développeurs pour jouer et trouver son plaisir. Cela peut se faire très progressivement, sur plusieurs jours, semaines, mois, voire années. Car une autre particularité d’Animal Crossing est que le jeu se fonde sur l’horloge et le calendrier de la console (réels donc, sauf triche) : pour les deux du fond, si on joue à deux heures du matin, il fait nuit, et si on joue à midi, il fait jour ; en décembre, c’est l’hiver, en juillet, c’est l’été (du moins dans l’hémisphère nord. Car la firme vient seulement de découvrir que, dans certains pays, l’été c’est en décembre, et que des joueurs vivaient dans ces endroits. Comme quoi, c’est important de suivre ses cours de géographie.). Ce type de gameplay a rendu le jeu très populaire mais aussi durable. On peut aussi bien jouer pendant plusieurs mois d’affilée, puis abandonner un peu le jeu pour y revenir quelques temps plus tard : on n’est pas perdu et on peut reprendre (presque) directement (à quelques mauvaises herbes près).

J’ai déjà commencé à évoquer les grandes lignes des possibilités du jeu (pécher, attraper des insectes…) mais le développement ne passe pas que par-là. Le jeu accorde une grande importance à son esthétique. C’est à cause de celle-ci que la série a pu être qualifié d’enfantine. Les personnages ont des grands yeux, des coupes de cheveux kawaï et les autres habitants sont de mignons petits animaux (ou pas).

Au cœur même du jeu, le joueur doit faire attention à la beauté de sa ville, en rangeant la forêt, arrachant les mauvaises herbes, plantant des fleurs etc., mais aussi de sa maison ! quitte à payer la maigre somme de 198 000 clochettes pour l’agrandir de cinq mètres carrés, autant en profiter. Le joueur a accès par le magasin à de nombreux meubles de différents styles pour embellir son intérieur. Il est ensuite évalué par l’Association des Joyeux Décorateurs (AJD pour les intimes) qui pourra envoyer de sympathiques petits cadeaux si jamais notre maisonnette est digne de Valérie Damidot. 

Décoration originale et possible de l’intérieur de notre maisonnette

Maintenant que vous avez les grandes lignes de la série, comment le dernier New Horizons, s’inscrit-il dans la franchise ? 

New Horizons : l’île déserte

On ne peut nier que le petit dernier de Nintendo est une réussite et une nouvelle révolution parmi les Animal Crossing. Le précédent opus (New Leaf, 2013, Nintendo 3DS) était déjà une amélioration considérable par rapport au premier jeu : le joueur est le maire, on peut modifier quelques infrastructures de la ville, les PNJ autres que les habitants ont été démultipliés, tout comme les possibilités (Tom Nook a des neveux en charge de la boutique, la mairie a une nouvelle assistante, Marie, deux alpagas gèrent une boutique de recyclage de meubles etc.). Mais Nintendo s’est de nouveau surpassé, avec en plus pour l’occasion, une édition spéciale de la Switch aux couleurs du jeu, qui m’a presque fait regretter d’avoir déjà la console (mais j’ai l’édition Pokémon donc ça compense).

Dans New Horizons, le personnage adhère à une nouvelle arnaque signée Tom Nook : la formule Évasion. Direction une île entièrement déserte, du moins, avant qu’on débarque tous, sur laquelle le joueur, accompagné de deux autres pigeons, plante sa tente où il le souhaite. Le jeu introduit très vite une nouvelle dynamique, primordiale dans cet opus : le bricolage. C’est au joueur de créer ses outils (pelle, canne à pêche, filet, hache…) à l’aide de branches d’arbre dans un premier temps, puis de bois, de pierre, de pépites de fer etc. Le bricolage va également permettre de construire des meubles pour notre intérieur, qui passe assez rapidement de tente à maison endettée (mais tellement jolie avec cette nouvelle table customisée et créée par mes soins). 

Le joueur est cette fois-ci en charge de tout : nommé délégué insulaire dès les premiers instants, c’est à nous de choisir l’emplacement du musée, de la boutique Nook mais aussi celle des sœurs doigts de fée, les maisons des nouveaux habitants, du camping etc. On en fait tellement qu’on mériterait et un salaire et des rabais sur notre prêt, mais le capitalisme, la banque, Tom Nook… Par ailleurs, on a aussi besoin d’une perche pour traverser les rivières, et d’une échelle pour grimper aux falaises, avant de pouvoir installer des ponts et des rampes pour tout le monde. Comme quoi, être délégué nous offre quand même quelques avantages, et pas simplement pouvoir dire « youhou » à chaque inauguration de construction. 

Le gameplay sandbox prend encore plus de sens avec ce nouvel opus : la liberté est de plus en plus totale. Avec suffisamment de clochettes, on peut tout changer, de la plus petite des fleurs à la plus grande des cascades (et même recréer la map de Link to the Past). On peut customiser plusieurs types de vêtements (chemise, pull, robe longue, courte ou bouffante, t-shirt, débardeur, trois chapeaux différents). Les possibilités semblent infinies.

Mais l’un des points forts du jeu est de les introduire très progressivement. Pour éviter au joueur de se lasser trop vite, il faut à chaque fois une journée entière, voire deux, pour qu’un bâtiment ou une infrastructure soit construit. Même les commandes d’objets n’arrivent que le lendemain. Pour débloquer la boutique des sœurs doigts de fée par exemple, il faut attendre de l’avoir vue une fois dans la boutique Nook, puis trois nouvelles fois sur la place de l’île avant de choisir son emplacement, et attendre deux nouvelles journées pour l’ouverture. Cela peut sembler long pour certains qui n’ont pas hésité à modifier allègrement l’heure et la date de leur console pour tout débloquer immédiatement, mais cela participe indéniablement au fait que ce jeu est encore plus appréciable pendant le confinement. 

Gros point noir cependant, et qui aurait pu porter l’intérêt du jeu durant le confinement à un tout autre niveau : il faut acheter un abonnement au service Nintendo Switch Online pour pouvoir visiter ses amis sur leur île. On doit donc débourser encore une fois pour apprécier dans le jeu ce qu’on ne peut dans la réalité : se retrouver. De même, pour accéder aux créations des autres joueurs (motifs pour la décoration ou pour les vêtements), l’abonnement est nécessaire. Heureusement que le jeu propose d’autres avantages durant cette quarantaine.

Quid du confinement ?

Au-delà de toutes les raisons déjà évoquées, plus que jamais, Animal Crossing se joue sur la longueur. Il faut ouvrir le jeu un peu chaque jour pour développer notre île, mais aussi miner du bois, de la pierre et du fer, pour pouvoir construire de nouveaux meubles et décorations pour notre maison. Mais c’est au goût de chacun, on peut tout aussi bien ne jouer qu’une petite heure par jour que quatre ou cinq, voire toute la journée (parce qu’on n’a pas vraiment mieux à faire). 

New Horizons, c’est aussi une « évasion » (c’était dans la formule). Le jeu propose un coin de paradis dans lequel se balader, avec une musique apaisante, et de la nature à perte de vue. Pour les citadins, ça peut faire du bien, et sincèrement, pour les campagnards aussi (la nature sans les odeurs de bouse, qui peut dire non ?). Mais surtout, le jeu est beau. Le design est très travaillé. Le musée est d’une beauté sans nom, même vide. Maintenant que le printemps est arrivé, les cerisiers sont en fleur et magnifiques. L’attention au détail est aussi frappante. En fonction de l’heure, et donc de la lumière de jour, les reflets sur les outils varient, mais aussi, ceux sur les objets de notre maisonnette, à travers les fenêtres. C’est apaisant. 

Cela relaxe aussi car c’est un jeu sans compétition, sans contraintes. Le joueur ne se sent pas forcé d’accomplir tous les objectifs, le vagabondage est permis et encouragé. Tout comme la créativité ! Le monde ouvert a pu donner lieu à des déferlantes d’îles plus belles les unes que les autres, d’imagination débordante. Et ça, c’est beau. Et rappelez-vous, si la vôtre n’est pas aussi avancée, ce n’est pas grave.

Crédits : Nintendo

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