Underwater : Un cri dans l’océan

Critique de Underwater (8 janvier 2020) de William Eubank

Underwater s’ouvre sur des couloirs vides témoignant de la fragilité d’une base sous-marine : tôles grisâtres, carrelage aux nombreuses failles, lumières jaunâtres grésillantes et légères secousses inquiétantes provenant des profondeurs extérieures. L’espace est balayé par le mouvement circulaire de la caméra – résurgence d’un gimmick des séries B de David Robert Mitchell et Jordan Peele – finissant par révéler la présence d’une Kristen Stewart, âme seule parcourant ce désert d’acier compressé par l’abîme. L’insistance sur le hors-champ duquel proviennent des sons aquatiques inconnus, la mine inquiète du personnage et la fragilité se dégageant de l’architecture de l’édifice ne sont que des préfigurations de l’évidence : les couloirs de la station finissent par céder, se briser, laissant pénétrer l’eau et proliférer l’urgence. Kristen Stewart court, tombe, se relève, finit par s’en sortir. L’ouverture de Underwater condense un problème. Si le film de William Eubank s’inscrit non sans une certaine rigueur dans le genre des séries B horrifiques abyssales, il ne parvient jamais à surprendre, se contentant d’emprunter des couloirs devenus poussiéreux. 

Underwater, The Walt Disney Company France.

Toujours instable dans sa démarche et son jeu d’actrice, Kristen Stewart finit par trouver d’autres rescapés de l’accident, parmi lesquels un Vincent Cassel blessé, seul, vieillissant et désabusé, trouvant satisfaction à jouer son rôle de père spirituel à la volonté sacrificielle. Dès lors, si les enjeux narratifs de Underwater peuvent se résumer en une simple formule – s’échapper – on peut de même réduire ses ambitions formelles en une autre : se noyer. Car la double dynamique de la séquence d’ouverture – fluidité et agitation fracassante – ne se retrouve plus à l’image. Restent des jeux d’échelles, parfois admirables mais ne parvenant malheureusement jamais à faire ressentir pleinement le gigantisme : entre les intérieurs de la base parsemés de débris en tout genre et grands espaces obscurs de la fosse des Mariannes traversés par des ombres mouvantes. 

Underwater, The Walt Disney Company France.

Ainsi, le film emprunte le pas de certains fossiles plus imposants que lui – Alien (Ridley Scott, 1979), Abyss (The Abyss, James Cameron, 1989) ou encore M.A.L : Mutant aquatique en liberté (DeepStar Six, Sean S. Cunningham, 1989) – sans jamais laisser de trace, se contentant de plonger dans l’efficacité là où il serait bienvenu de subvertir certains codes : nouvelle Ellen Ripley, autres couloirs humides où écument les silhouettes de créatures inconnues, énièmes cris lointains dans l’obscurité et, encore et toujours, des morts – éventrés, bouffés, éviscérés ou explosés. Finalement, le film se contente de jouer son rôle de bon élève, les graines lovecraftiennes semées ne suffisant pas à remplir la part d’inconnu nécessaire à ce genre de production. Car si un film comme The Lighthouse (Robert Eggers, 2019) réussissait brillamment à conjuguer l’horrifique à l’intériorité en refusant constamment le contre-champ, Underwater fait surgir le monstre de l’abîme, là où il aurait dû rester à l’état d’inquiétante étrangeté.  

Underwater, The Walt Disney Company France.

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