Nino Ferrer : Nino and Radiah … et le Sud dans tout ça ?

 Critique de l’album Nino and Radiah (1974) de Nino Ferrer

Je ne connaissais que quelques chansons de Nino Ferrer, Le Sud en tête évidemment. Quelle ne fut pas ma surprise, un beau jour d’été sur une brocante de Haute-Loire, d’entendre passer sur un stand, pour la première fois Nino and Radiah, album sorti en 1974. En rentrant chez moi je m’empressais d’écouter ce disque qui était déjà devenu pour moi un point de bascule, vers un artiste que je connaissais mal et dont j’étais resté trop longtemps éloigné. Ce fut une de mes plus belles découvertes, qui m’a valu de longues discussions avec de nombreux disquaires pour trouver le disque tant convoité. Ne connaissant que quelques chansons je pensais à un album de variété et de chansonnettes agréables. Grossière erreur, dès la pochette une photo du chanteur accompagné de Radiah Frye (mère de Mia Frye), posant nue pour l’occasion, et qui laisse présager une rencontre, celle du funk et de la soul américaine, avec une folk progressive française qui avait déjà prouvé son efficacité avec Métronomie, un album antérieur de Ferrer.

L’album s’ouvre donc sur ce titre, South que tout le monde peut aisément reconnaitre puisqu’il s’agit en réalité de la première version de la chanson Le Sud, enregistré à Londres avant le reste de l’album. Cette première version en anglais donc, est une curiosité incroyable pour un auditeur français, tant il est difficile de ne pas entendre celle que l’on connait, celle qui passe à la radio et qui fait partie du patrimoine de la chanson française. Mais pourquoi cette étrangeté ? La raison est assez simple. Les producteurs, soupçonneux quant au succès d’un disque entièrement anglophone en France, s’empressent l’année suivante de ressortir ce même album intitulé cette fois Nino and Radiah et le Sud, enrichi d’une version française. Le Sud, celle qui est passée à la postérité au détriment de toutes les autres, voire même de la propre carrière du chanteur. Genèse singulière pour cette chanson tant écoutée et tant appréciée. Nino Ferrer, qui se rêvait en jazzman et qui cherchait une reconnaissance dans ses innovations musicales, a été rattrapé par son statut de chanteur français à défaut de parvenir à dépasser les considérations mercantiles de l’industrie du disque. Cet événement est symptomatique de cette échec permanent pour Nino Ferrer, constamment réduit à une chanson française trop étroite pour recevoir toute la richesse de sa musique.

Mais que reste-t-il alors de cet album contrarié et méconnu ? 8 titres composés par le chanteur et tous interprétés en duo avec Radiah Frye qui superpose magnifiquement sa voix sur celle du chanteur et de sa guitare. Accompagné par le groupe Ice, groupe de funk américain expatrié en France à cause d’un marché trop saturé aux États-Unis, le disque gagne une couleur inédite dans une France où le disco n’a pas encore réalisé ses premiers pas. La pochette nous apparaît dès lors comme un choc des cultures entre la musique afro-américaine et un de ses plus grands amoureux. En s’ouvrant sur South et en se terminant sur New York, Nino Ferrer évoque l’été, les vacances passées, ces instants de stase qui font la beauté et la richesse de ces moments de repos arrachés au quotidien. On ressentait déjà une grande mélancolie face à la modernité dans Métronomie (La Maison près de la fontaine), elle semble ici s’apaiser quelque peu, mais pour combien de temps… On semble presque en sursis face à cette rencontre entre les deux artistes, le temps d’un album, le temps d’un été. « Sipping Mint Julep, Rocking in my rocking-chair, Waiting for the sunrise, Waiting for the sun to go down ». Voilà qui résume bien le ton désinvolte et contemplatif de Nino and Radiah. Et comme un dernier appel à la musique qu’il aime, celle qu’il aimerait jouer et qu’il aimerait aimer, New York résonne avec force : « Got to go to New York, See what’s going on today, What do they think about living, What kind of music they play. ». Dernière rêverie portée sur le pays du Jazz, du Blues, du Funk, de la Soul, auquel il rend hommage avec la douce mélancolie qui lui est propre.

Photo : Richard Benett / CBS International

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